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[TRIBUNE] Mort de Jérémy Cohen : “Antisémitisme, quand oserons-nous dire vraiment stop ?”


Alexandra Borchio-Fontimp, sénatrice des Alpes-Maritimes et membre du groupe amitié France-Israël, dénonce la faiblesse de la réponse de l’État face à la montée des violences antisémites, au lendemain de nouveaux rebondissements dans l’affaire de la mort de Jérémy Cohen. « Des jeunes gens antisémites, ça existe donc, cela ? Il y a donc des cerveaux neufs, des âmes neuves, que cet imbécile poison a déjà déséquilibrés ? Quelle tristesse, quelle inquiétude, pour le vingtième siècle qui va s’ouvrir ! », 125 ans après, les mots de Zola sont tristement toujours d’actualité.

L’affaire Jérémy Cohen résonne ces dernières heures comme un rappel glaçant de l’antisémitisme, cette bête immonde qui rôde dans le monde et continue d’infiltrer pernicieusement notre communauté internationale depuis trop longtemps. Les prénoms des récentes victimes s’accumulent ; Ilan, Sébastien, Jonathan, Arié, Gabriel, Myriam, Mireille, Sarah et peut-être désormais Jérémy. Une liste bien trop longue qui ne peut que faire écho aux prénoms des enfants juifs assassinés pendant la Shoah, cités à haute voix dans le mémorial des enfants, au musée Yad Vashem où je viens de me recueillir à Jérusalem.


Ce poison, au lieu de s’amoindrir, ne cesse de se solidifier. Loin de faire de ce drame l’unique étendard de la lutte contre l’antisémitisme, la publication sur les réseaux sociaux d’une vidéo insoutenable devrait permettre de faire toute la lumière sur cette tragique nuit du 16 février. Ainsi et bien que prenant acte que le procureur de Bobigny affirme qu’à ce stade de l’enquête, cette agression barbare ne présente pas de « motifs discriminatoires », il faut rappeler que dans l’affaire Sarah Halimi, ce n’est pas moins de neuf mois qui ont dû s’écouler avant que l’antisémitisme criant de ce drame soit reconnu. Alors que le service central du renseignement recense pour l’année 2021 près de 1 659 actes anti-religieux, les faits antisémites s’élèvent quant à eux à 589. Il n’est plus tolérable que neuf personnes de confession juive sur dix estiment que ce fléau continue de croître indéniablement. Un seul message doit être envoyé, une seule finalité poursuivie ; répéter que nous n’accepterons plus qu’elles soient les sujets d’une telle haine.

L’impunité et le silence nauséabond qui peuvent parfois entourer ces actes laissent planer le doute quant à la capacité de notre pays à pouvoir y mettre fin. En perpétuelle augmentation, soit plus de 16 % pour cette dernière année, les réponses apportées ne sont que des démonstrations médiatiques se limitant à la seule indignation. Inadmissible, la révolte ne tardera pas à grandir si la classe politique ne montre pas qu’elle a compris la nécessité de renforcer ses politiques publiques de lutte contre toutes formes de racisme. Une nation forte et fière ne peut se construire sur l’aversion d’un peuple, d’une ethnie ou encore d’une couleur de peau. La France, particulièrement à travers la Justice, doit perpétuer le combat pour la Liberté, l’Égalité et la Fraternité, principes fondateurs de sa grandeur. Si les dernières actualités, comme l’affaire Sarah Halimi, sont venues secouer la communauté nationale, elles ont surtout interrogé sur le laxisme judiciaire qui pouvait en résulter. Comment expliquer aux proches de victimes que leur bourreau ne sera pas condamné à une juste peine, au moyen que le caractère antisémite ne peut être démontré et ce malgré le fait qu’il soit reconnu par tous et souvent lâchement assumé par l’auteur ? Consciente que ce virus sociétal ranime des fractures sombres de l’Histoire, il est essentiel que la peur change de camp. Si personne ne naît antisémite, certains terreaux en favorisent l’émergence. À l’avenir, les programmes des Écoles de la République devront donc aborder cet enjeu avec plus d’insistance en mettant un point d’honneur sur les droits de l’homme et la citoyenneté. Corollaire inévitable dans cette lutte, le combat contre la haine en ligne n’est plus un choix mais une impérieuse nécessité.

Aucun individu ne doit être violenté ou massacré pour ce qu’il est ou ce en quoi il croit ! Faisons de la lutte contre l’antisémitisme une grande cause nationale qui fédèrera tous les Français.


ALEXANDRA BORCHIO FONTIMP