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[TRIBUNE] La pénurie de médicaments, symptôme d'une France souffrante

Dernière mise à jour : 27 avr. 2023

« Existe-t-il pour l’homme un bien plus précieux que la Santé ? »


Cette question soulevée par Socrate sous la plume de Xénophon raisonne singulièrement dans l’esprit de tous les Français depuis que la crise sanitaire s’est abattue sur la France, mais aussi partout dans le monde. Alors que des considérations purement économiques ou encore seulement politiques occupaient l’espace médiatique, la Santé semblait – comme la paix sociale – être un acquis dont aucun n’avait mesuré les conséquences s’il était remis en cause.


Pourtant, ce n’est ni le politique ni même le législateur qui est venu le restreindre mais un ensemble de décisions communes prises ces dernières décennies, dont la quasi-totalité est marquée par le sceau d’une absence chronique d’anticipation des enjeux à venir. Pourtant, ces enjeux futurs sont dorénavant inscrits dans le marbre du présent et notre pays se retrouve, à nouveau, à ne pas savoir faire face.


La crise sanitaire a révélé une situation déjà identifiée au préalable mais jusque-là négligée bien qu’ayant comme conséquence de menacer dangereusement la santé de tous les Français : la pénurie de médicaments.


Problème d’approvisionnement en principes actifs, problème de production insuffisante, problème de logistique de transport, problème de pénurie de conditionnement… La liste est longue, faut-il encore y ajouter la guerre en Ukraine désormais. Cette pénurie pluricausale découle d’une forte augmentation, entre 4 et 10% par an, de la demande mondiale en médicaments et interpelle sur plusieurs points.


Nous sommes en 2023, nos chercheurs ne cessent de faire avancer la Science et pourtant nous affrontons une telle pénurie. Cela est paradoxal voire incompréhensible pour beaucoup de nos concitoyens qui découvrent progressivement ses causes, sans toujours cependant en comprendre les raisons.


Nous sommes en 2023 et depuis la crise de la Covid-19, des milliers de personnes atteintes de pathologie infectieuse n’ont pas pu avoir accès à leur traitement – vital, rappelons-le – car les médicaments étaient en rupture de stock sur le territoire national. Rappelons que ce n’est pas un cas à part, ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.


Nous sommes en 2023 et nous dépendons à 85% de l’Inde et de la Chine quant à la production de principes actifs, indispensables à la fabrication des médicaments. En outre, cette fabrication se fait en dehors du territoire national avant que les médicaments ne soient seulement conditionnés en France ou ailleurs en Europe. Cette ultra-dépendance qui résulte de la mise en place d’une production pharmaceutique mondiale demeure le moteur incontestable de cette pénurie, sans en être toutefois la seule explication. En conséquence, lorsque le ministère de la Santé et de la Prévention est interrogé sur les véritables causes d’une situation aussi dramatique, ses explications sont toujours incertaines, souvent nébuleuses. Qu’elle soit liée à un arrêt de fabrication ou d’approvisionnement, ces pénuries nous imposent d’identifier des sources externes et pérennes diversifiées.


En effet, produire à l’étranger revient à consentir sciemment à n’avoir aucune visibilité ni aucun contrôle. Il est donc urgent de rappeler l’importance de fabriquer en France. Clef de notre souveraineté sanitaire, le gouvernement fait pourtant le choix du statu quo ou, mieux encore, ne fait pas appliquer les propres lois qu’il fait voter. Néanmoins, il n’est pas le seul coupable. Nous devons tous nous interroger sur notre rapport à la consommation de médicaments car cette pénurie trouve aussi ses fondements dans des prescriptions parfois abusives de la part de certains médecins. En effet, si la France est le 4ème pays où il est prescrit le plus d’antibiotiques, certaines études montreraient que seulement 50% de ces prescriptions sont dans les faits justifiées.


Enfin, sujet clivant mais dont il est impossible de faire fi, le prix des médicaments génériques trop peu élevé participant à consolider cette pénurie. Il est ainsi estimé que le prix des médicaments anciens non couverts par un brevet est en France 40% plus bas qu’en Suisse, 33% qu’en Allemagne et 18% qu’en Italie. A l’inverse, le prix des médicaments d’innovation demeure quant à lui à un prix élevé mais équivalent à celui des autres pays européens. Un arbitrage budgétaire est désormais impératif afin de trouver un équilibre salvateur, incluant une augmentation des prix de certains médicaments anciens à risque de rupture définitive.


Ainsi, le manque de transparence, l’absence de volontarisme politique et le défaut d’outil de pilotage agrégant les plans de productions annuels de chaque industriel afin que nous puissions avoir une vision nationale précise de la production prévue sont autant de chantiers titanesques auxquels nous devons apporter des solutions.


C’est pourquoi et dans un premier temps, j’appelle le gouvernement à favoriser la relocalisation chaque fois que c’est possible de la fabrication des médicaments jugés indispensables au sein de l’Union européenne. La gestion des pénuries doit être européenne et nous devons dès à présent faire preuve d’anticipation en négociant un partage de ces relocalisations entre états-membres fondé sur un rapprochement des prix entre tous.


ALEXANDRA BORCHIO FONTIMP

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