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Les conséquences désastreuses des contraintes sanitaires imposées aux lycées professionnels

Intervention auprès du Ministre de l'éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, le mercredi 7 avril 2021


Monsieur le Ministre,


La fermeture des écoles, collèges et lycées est une mesure difficile à prendre mais nécessaire si nous voulons parvenir à éradiquer pleinement ce virus dans les mois qui arrivent. Bien que tardive, cette décision est légitime et surtout responsable. Cependant, il apparait que certains de nos étudiants sont laissés pour compte, sans qu’aucune garantie ne leur soit assurée quant à leur avenir. En effet, bien que les cours à distance présentent des désavantages connus, ils restent une solution adéquate, devant toutefois rester temporaire, pour faire perdurer et vivre la continuité pédagogique. Le malaise des élèves et des étudiants est au centre des préoccupations, quel que soit la sensibilité politique de chacun, et je reste convaincue que les décisions prises par votre ministère et celui de l’enseignement supérieur peuvent encore être améliorées. Aussi, à la suite de plusieurs rencontres avec des élèves inscrits en lycées professionnels, j’ai pu constater leur désarroi et leurs angoisses.


Les cours à distance sont appropriés pour les savoirs théoriques mais pas pour les savoirs pratiques. Rien n’a été dit sur ce point par le Président de la République. Pas un mot. Pourtant, je connais votre volonté de valoriser la filière professionnelle, souvent méprisée au profit de la filière générale. Mais comment garantir la continuité pédagogique de formations qui ne peuvent être dématérialisées ? Ces jeunes ont fait le choix courageux de s’investir et d’embrasser une carrière dans des secteurs peu reconnus ou déconsidérés, alors comment les rassurer ? Particulièrement, lorsque l’on sait que ces formations reposent essentiellement voire totalement sur des travaux dirigés pratiques qui nécessitent l’utilisation de machines et d’outils particuliers et onéreux.


L’exemple du Brevet des Métiers de l’Art (BMA) est une parfaite illustration des difficultés auxquelles font face certains de nos élèves. L’obtention de ce diplôme requiert deux ans de formation et un accès quotidien, tout du moins très fréquent, aux ateliers notamment de dorure (presse à percussion, fers à dorer et tous matériaux nécessaires). Les nombreuses fluctuations réglementaires motivées par la crise sanitaire et l’arrivée de nouveaux variants ont bouleversé nos élèves inscrits dans ces filières. Ayant accumulé un retard considéré par tous comme irrattrapable, ils ne possèdent malheureusement pas à ce jour les compétences nécessaires pour exercer le métier choisi et rêvé depuis leur tendre enfance. En outre, certains d’entre eux sont censés terminer leur formation dans quelques semaines et se retrouvent dans l’impossibilité de comptabiliser cette année comme une année de formation effective en raison des arguments susvisés. À nouveau, ils s’inquiètent quant à la valeur de leur diplôme, parfois quitte à remettre en cause leur propre valeur dans la société.


Il n’est pas possible de les laisser ainsi, il n’est pas tolérable qu’aucune parole publique ne soit portée pour les rassurer, les sécuriser. Monsieur le ministre, quelles sont les mesures prévues pour nos élèves inscrits en lycée professionnel et dont les formations pratiques ne permettent pas une dématérialisation du savoir ?

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